LeWeb3 - Ebullition dans la blogosphère
Mots-clés : Politique, Blogosphère, Démocratie
J'ai eu la chance de pouvoir participer à l'évènement Le Web 3 les 11 et 12 décembre. Chance car une des premières rencontres en France de la blogosphère internationale et du monde politique. Après la bulle, ébullition dans la blogosphère. Zoom sur le moment où l'évènement a dérapé...
Louable dans ses intentions, intéressant dans certaines de ses présentations et interactions (Dave Sifry, Martin Varsavsky- le fondateur de Viatel il y a 15 ans quand j'ai démarré mon parcours professionnel dans les nouvelles technologies -, Hans Rosling, Shimon Perez, David Weinberger), désolant dans la tournure qu'a pris la chose la 2ème journée au moment où les politiques ont pu s'emparer du micro, et montrer à quel point le système politique français est archaïque et hexagonal (au sens rigide du terme). En gros, la confrontation de la puissance du pouvoir monopolistique d'homme au sens singulier du terme (1-to-N) face à la démocratie participative du web et de la blogosphère (M-to-N) en particulier.
Etant européen plus que français (une moitié de moi est d'origine allemande), j'ai tenté un instant de me mettre dans les chaussures des participants :
- une majorité de l'audience était étrangère (voir le détail de la prestation de Sarkozy vu par un américain à Paris)
- tous avaient payé leur entrée, voire des billets de train ou d'avion, plus hôtels (certains étant des blogueurs, donc des particuliers)
- un programme avait été prédéfini, et l'audience était le reflet de ce programme initial...
Quand à la fin de la 1ère journée Loïc Lemeur a annoncé la possibilité d'avoir la présence de politiques, je me suis dit pourquoi pas, étant proclamé qu'il y aurait un système de traduction. Comme d'autres j'ai cru sentir que la blogosphère allait pouvoir rencontrer et surtout échanger avec le politique pour tenter de trouver un mode de fonctionnement pour un monde meilleur, où l'aspiration du plus grand nombre (même s'il y a encore beaucoup de travail pour atteindre une "réelle" démocratisation du web) pourrait être exposée aux politiques, qui y puiseraient une force de changement, de "rupture" comme on lit beaucoup ces temps-ci.
Shimon Perez, homme sage et admirable par son oeuvre et dont chaque mot a captivé la salle, a montré que malgré son âge avancé, il connaissait très bien les sujets de société, humains et technologiques (il savait par exemple parfaitement que l'ordinateur à 100 dollars était alimenté par des batteries rechargeables à la main, ne nécessitant donc pas d'infrastructure électrique lourde - il est vrai que les bornes wifi ou autres centres serveurs auront eux besoin de courant électrique stabilisé, mais bon passons) et a interagit avec la salle pendant plus d'une heure.
Puis François Bayrou, qui s'est lui aussi prêté au jeux des questions-réponses, en faisant parfois des pirouettes linguistiques, mais qui a fait l'effort de dialoguer avec la salle malgré la barrière de la langue. [Je dois avouer ici, qu'à ce jour, je n'ai pas encore fait mon choix pour la prochaine élection (d'ailleurs il faut vite que je m'inscrive sur les listes ;-)]. Car il faut bien le préciser, le système de traduction était défaillant. Mais bon dans l'urgence de l'invitation de la veille on peut parfois comprendre la lenteur de la logistique. La question clef qui lui a été posé sur le rôle de l'éducation dans l'appropriation par le plus grand nombre des technologies a montré un candidat Bayrou poussiéreux insistant sur la nécessité de la relation dans le monde réel entre l'élève et le professeur. Ce en quoi je suis assez d'accord, tout au moins dans la phase initiale de l'apprentissage, celle où l'élève apprend à apprendre. Mais il faut dès ce stade lui apprendre à être autonome et à aussi maîtriser les technologies qui l'aideront à être plus efficace et qui le stimuleront à en savoir toujours plus, y compris à maîtriser les nouveaux outils de communications, que les jeunes générations manipulent si bien.
Le paroxysme a été atteint avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy. L'assemblée a alors vu apparaître soudainement une forêt de micros et de caméras (invisible lors des 2 premières interventions; imaginez l'impact auprès d'une audience qui venait dans la matinée de débattre sur la fin possible des médias "classiques"). Le candidat arrive, fait une chaleureuse accolade à Loic Lemeur, se poste derrière le pupitre, lit son discours teinté de nouvelles libertés troublées par toutes les dérives qui y sont associées, ce dont l'assemblée présente était bien consciente, mais qui était surtout destiné à la Presse (et donc à son pouvoir de pensée unique). Bref, il termine, remercie et tourne les talons sans autre forme de procès. Sifflements n'y auront pas suffit pour tenter une interaction avec le politique, mais rien n'y fait. Conséquence : la moitié de l'audience quitte la salle, fou de rage d'avoir été flouée (que dis-je ? prise en otage) de la sorte.
Entendons-nous bien, je ne suis pas contre un pouvoir politique qui choisit et met à exécution son programme. Je suis contre un pouvoir aveugle, qui ne raisonne qu'à partir de son interprétation du monde, qui dans la plupart des cas est hexagonale et qui n'intègre pas la complexité du monde naissant (évoqué le matin même par Shimon Perez : l'humanité est déboussolée car elle est en train d'accoucher de quelque chose qui va nous sortir du moyen-âge de la connaissance et de l'information). Alors que les "United People of the Web" sont prêts à alimenter les politiques en matière première disponible pour bâtir ledit programme. Peut-être manque-t-il encore des outils pour synthétiser toute cette masse de points de vue ? En tout cas, l'information est bien là. Il faut l'effort de tendre la main, ce que Sarkozy ne semble pas vouloir faire.
Pour moi ces deux journées m'ont permis de mieux appréhender :
a. ce qu'est la blogosphère, ces United People of the Web, qui parfois peut changer de direction au moindre signal externe qui contredit ses valeurs fondamentales (tel un banc de poissons) ;
b. à quel point elle est ancrée dans le respect parfois impertinent, la transparence, les valeurs (car qui dit transparence dit vérité sur sa pensée et donc ses valeurs) et la traçabilité des écrits. J'en veux pour preuve le déchaînement de celle-ci contre Loic Lemeur, au lendemain de l'évènement, non pas pour avoir affiché ses valeurs, mais pour avoir "utilisé" son audience qui était venue pour une chose et s'est vu imposer autre chose ;
c. que la connaissance passe par l'indexation des pages web classiques mais désormais de plus en plus par tous ces outils humains, qui par la mise en relation d'informations aide à modéliser notre connaissance et donc à l'exploiter ultérieurement ;
d. que le politique est embourbé dans son quotidien qui est alimenté par les phénomènes qui touchent sa population de près (principe de proximité) et non plus par l'évolution du monde, tout simplement parcequ'il a une influence de plus en plus restreinte sur le monde ;
e. que la seule manière pour l'Europe de s'en sortir c'est de se positionner avec un avantage concurrentiel soutenable à long terme dans l'innovation et les idées. Mais alors que les politiques pourraient agir très exactement à cet endroit à l'échelon national, ils ne comprennent pas suffisamment l'impact des nouvelles technologies sur le système éducatif et qui pourrait amener notre société française vers les métiers du service et de l'innovation qui étaient et restent encore littéralement déconsidérés. Dans un contexte qui plus est, où les BRICs (Brésil, Russie, Inde, Chine) prennent chaque jour une place plus importante.
olivier
le 13.12.06 à 15:08
dans Actualités
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Commentaires
Et à part les réactions face aux politiques, il y avait des choses intéressantes du point de vue de la technique sur ce colloque ?
Romain - 13.12.06 à 17:54 - # - Répondre -
← Re: technologies
RSS, Ajax, microformats et openserving.com étaient les mots clefs que j'ai pu noter.
Voir mon très prochain post sur les pépites issues de mes notes. Les grands thèmes étaient pluôt : politique, media classiques et nouveaux, état du monde, globalisation, le 2.0 et les risques de bulle, education 2.0, gaming, blogs.
olivier - 14.12.06 à 23:13 - # - Répondre -